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Migration et asile - Justice, liberté, sécurité et immigration - Politique étrangère et de défense
Après le Conseil européen extraordinaire consacré à la crise migratoire en Méditerranée, le scepticisme règne parmi les partis politiques européens et les grandes ONG face aux mesures adoptées par les chefs d’Etat et de gouvernement
24-04-2015


Dans la foulée du Conseil européen extraordinaire du 23 avril 2015 consacré à la crise migratoire en Méditerranée, les réactions n’ont pas tardé à se faire entendre. Si certains acteurs estiment que le sommet extraordinaire contient quelques pas "positifs", la plupart d’entre eux sont sceptiques quant aux mesures adoptées par les chefs d’Etat et de gouvernement.

Les réactions politiques au Parlement européen

naufrage-migrants-guardia-costiera-150419Le groupe du PPE souligne, dans un communiqué de presse diffusé le 27 avril 2015, la nécessité de mettre en place une stratégie commune européenne pour faire face aux défis posés par la migration. Il souligne l’importance de renforcer les voies légales de migration et indique qu’une "aide financière supplémentaire est nécessaire pour gérer le flux irrégulier de migrants", laissant sous-entendre que les mesures adoptées lors du Sommet européen sont insuffisantes.

Pour l’eurodéputé italien Gianni Pittella, leader du groupe des sociaux-démocrates au Parlement européen (S&D), ce sommet extraordinaire contient quelques pas "positifs". Après la perte de plus d'un millier de vies en l'espace d'une semaine, les leaders européens ont "enfin pris quelques mesures concrètes", s-est-il félicité, selon ses propos repris dans un communiqué de presse diffusé par le groupe S&D. "Cependant, il reste encore à voir si les États membres passeront des mots à l'action" et s'ils mettront en œuvre une politique européenne d'immigration "basée sur une véritable solidarité", a-t-il précisé.

Gianni Pittella a par ailleurs indiqué que son groupe est "préoccupé" et "déçu" quant à "l'égoïsme persistant" des États membres en ce qui concerne le partage de la charge des migrants et demandeurs d'asile. "Le système de Dublin est anachronique et inefficace", a poursuivi l’eurodéputé italien. "Il doit être revu et adapté à la situation dramatique actuelle", a-t-il souligné.

Pour le groupe de l’ALDE, les résultats du Sommet sont "très décevants". "Une fois de plus, on a atteint le plus petit dénominateur commun", a regretté le président de l’ALDE Guy Verhofstadt, selon ses propos repris dans un communiqué de presse. "Tous les dirigeants présents étaient bien conscients que tripler le budget de Triton par trois n’empêchera pas de nouvelles catastrophes si nous ne nous attaquons pas aux causes profondes de cette crise", a-t-il souligné.

"Le sommet de jeudi dernier n'a pas réglé le problème de l'accueil des réfugiés dans la mesure où il a été incapable de s'entendre sur une démarche vraiment solidaire", a pour sa part regretté l’eurodéputé luxembourgeois Charles Goerens, selon ses propos repris par "Le Quotidien" dans son édition du 27 avril. "Je défends le point de vue selon lequel il y a lieu de mutualiser les efforts aussi pour ce qui est de l'accueil des réfugiés entre les 28 membres", a-t-il souligné, regrettant que "nous sommes toujours dans une logique intergouvernementale".

Pour le groupe des Verts-ALE, "les pré-conclusions du Conseil extraordinaire sur les naufrages en Méditerranée confirment une approche militaro-sécuritaire et une politique de dissuasion sans prévoir de véritables opérations de secours humanitaire". "Un sommet des leaders européens pour déclarer que la ‘situation en Méditerranée est une tragédie’ et appeler au renforcement de la lutte contre les passeurs avec une belle photo de famille en prime, c'est sans doute ça de gagné pour donner l'impression qu'on prend les choses en main", a regretté le président du groupe Philippe Lamberts, selon ses propos repris dans un communiqué des Verts. Le Conseil européen aurait échoué à "revoir radicalement les orientations en matière d'immigration", si bien qu’à ses yeux, "ce Conseil hautement médiatique est cruellement futile".

Le groupe de gauche GUE/NGL parle d’une "attitude honteuse" des dirigeants de l'UE sur les migrants.  "Au lieu de se concentrer sur les efforts de sauvetage des réfugiés, les chefs d'Etat et de gouvernement de l'UE ont plutôt renforcé la protection des frontières via Frontex et son opération Triton", a regretté l’eurodéputée allemande et présidente du groupe, Gabi Zimmer.

Pour le porte-parole du gouvernement français, Stéphane Le Foll, les décisions prises lors du sommet extraordinaire de l'UE sont "loin du compte"

Les décisions prises jeudi lors du sommet extraordinaire de l'UE sur la question des migrants sont "loin du compte", a regretté le porte-parole du gouvernement français, Stéphane Le Foll, selon ses propos repris par l’AFP dans une dépêche du 24 avril. "Il a fallu attendre des drames, et ils se sont multipliés depuis quelques semaines, pour qu'on revienne au dispositif mis en place par l'Italie, à l'échelle de l'Europe", a-t-il poursuivi. "C'est déjà un retour à un peu plus d'engagement de l'Europe mais on est loin du compte par rapport aux enjeux", a-t-il conclu.

Autre point de vue, celui du Premier ministre hongrois Viktor Orban, pour qui les règles actuelles de l'UE sur le traitement des réfugiés sont "stupides". Peu enclin à l’accueil de réfugiés, il estime que l'UE doit protéger ses frontières contre les migrants avec plus de policiers et de militaires, selon ses propos repris par l’AFP le 24 avril.

Le HCR, parle d’ "un important pas en avant"

Contre toute attente, le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) a estimé, dans un communiqué de presse diffusé le 24 avril, que le plan visant à tripler les moyens de la mission de surveillance des frontières maritimes Triton était "un important premier pas en avant sur la voie d'une action européenne collective" dans la crise des migrants en Méditerranée. Le HCR appelle néanmoins les Européens à se focaliser sur le sauvetage en mer et sur la possibilité pour les réfugiés d'obtenir une protection internationale en Europe par des "canaux légaux". "Le test ultime sera de voir si nous observons une réduction des décès, un accès efficace à une protection en Europe sans avoir à traverser la Méditerranée et un système commun européen d'asile efficace qui soit véritablement à la hauteur de ses engagements de solidarité et de partage des responsabilités", a souligné le HCR

Pour plusieurs grandes ONG, les mesures adoptées par les chefs d’Etat et de gouvernement soulignent avant tout une volonté de "sauver la face"

Pour l’ONG Amnesty International, les mesures adoptées par les chefs d’Etat et de gouvernement soulignent avant tout une volonté des Vingt-huit de "sauver la face". Cet avis est partagé par l’ONG Human Rights Watch, qui estime pour sa part que ces mesures constituent un "pas important vers la prévention des décès de migrants en mer".

Le CLAE parle d’un "compromis entre amis" qui a fait "beaucoup de bruit pour rien"

La plateforme associative luxembourgeoise CLAE parle d’un "compromis entre amis" qui a fait "beaucoup de bruit pour rien". "Renforcer la mission de surveillance des frontières de l’Europe – même si les opérations de sauvetages seront élargies – sera finalement la seule mesure adoptée par les dirigeants européens, qui se refusent à ouvrir des routes légales d’immigration par crainte d’un "appel d’air" à destination des candidats à l’immigration", explique le CLAE dans un communiqué de presse diffusé le 24 avril, avant de regretter "un manque de solidarité" entre Européens.