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Développement et aide humanitaire - Éducation, formation et jeunesse
Forum pour une Europe multiculturelle : l’efficacité de l’aide internationale au cœur d’une table ronde qui a réuni des représentants d’horizons très divers
14-10-2008


La deuxième journée du "Forum pour une Europe multiculturelle" a commencé par une table ronde qui a réuni des représentants d’horizons très divers sur le thème des relations Nord/Sud : Camille Gira, député-maire de la commune de Beckerich, Mike Mathias, le président du cercle des ONG, Luc Dockendorf de la direction de la Coopération aCamille GIra, Jean-Louis Zeyenu Développement du Ministère des Affaires étrangères et Jean-Louis Zeyen, directeur de Transfair Minka. Le but de la table ronde était de présenter aux jeunes les différents points de vue sur la problématique Nord/Sud et de leur permettre d’engager une réflexion critique.

Camille Gira ou "comment la responsabilité vis-à-vis du Sud peut s’exprimer au niveau local "

Le premier à intervenir fut le député-maire de Beckerich Camille Gira. L’exemple de sa commune, qui s’engage depuis dix ans dans des projets de développement durable et de coopération avec des pays du Sud lui a permis d’illustrer "comment la responsabilité vis-à-vis du Sud peut s’exprimer au niveau local". En qualifiant le changement climatique "d’enjeu principal du 21e siècle", Camille Gira a d’emblée insisté sur la nécessité d’une coopération Nord/Sud en arguant qu’il "s’agit d’un problème qui concerne les deux hémisphères". Camille Gira s’est inscrit en faux contre l’idée reçue qui consiste à dire que "le Sud doit toujours apprendre du Nord". "Le Nord peut également apprendre du Sud ", a-t-il dit en faisant allusion à sa découverte des installations biogas, découverte qu’il a faite en 1982 non pas en Europe, mais en Inde.

Mike Mathias : "La pauvreté résulte d’une organisation injuste du monde agricole qui a son origine dans la PAC"

ForumMike Mathias qui a représenté le point de vue des ONG, a exposé le double rôle qui incombe à ces organisations: avoir un impact sur les responsables politiques à l’échelon local, national et européen et renforcer le rôle des organisations de la société civile.

Quelles sont les origines de la pauvreté dans les pays en voie de développement ? Selon Mike Mathias, elle résulte avant tout "d’une organisation injuste du monde agricole qui trouve son origine dans la politique agricole commune (PAC) de l’Union européenne". Il a également fustigé la mise en concurrence entre l’alimentaire et la voiture qui a été engendrée par les agrocarburants dans le cadre du paquet énergie/climat de la Commission européenne. Tous ces éléments amènent Mathias à dire que " le partenariat Nord/Sud doit changer" et qu’il "nous met devant notre responsabilité morale".

Luc Dockendorf : L’Europe devrait "s’exprimer d’une seule voix"

Luc Dockendorf, qui s’est exprimé au nom du Ministère des Affaires Etrangères, a exposé les grands traits de l’aide au développement luxembourgeois. Engagé dans 10 pays cibles, le Luxembourg se situe avec un montant d’aide publique au développement de 0, 92 % de son PIB en 2007 à la troisième place mondiale des pays donateurs en termes de pourcentage par rapport au PIB.

Au niveau mondial, l’UE reste le premier donateur. Mais la question de l’efficacité de l’aide au développement reste d’actualité, selon Dockendorf. Un premier pas dans cette direction pourrait être franchi, selon lui, par l’adoption d’une approche harmonisée au niveau européen. Selon lui, une Europe qui "s’exprime d’une seule voix " permettra "aux pays du Sud de parler avec un seul interlocuteur au lieu de plusieurs".

Jean-Louis Zeyen : "L’idée du commerce équitable s’est imposée en Europe"

Jean-Louis Zeyen, de président de Transfair Minka, a expliqué comment l’idée du commerce équitable s’est imposée au fur et à mesure en Europe pour trouver leur place dans les rayons des supermarchés. Aujourd’hui, la palette des produits qui est proposée par Transfair Minka est devenue de plus en plus large et englobe des denrées alimentaires mais aussi des ballons de foot. Après la Suisse, le Royaume-Uni et le Danemark, le Luxembourg est le 4 pays à consommer le plus de produits à commerce équitable. 

Le débat

Comment améliorer l’efficacité de l’aide au développement ? Camille Gira a estimé qu’il "ne suffit pas de décentraliser des technologies mais qu’il faut aussi transférer du capital et des moyens". Ce point de vue fut partagé par Luc Dockenorf. Il a estimé que l’aide au développement ne peut pas se limiter "à des flux financiers ou l’envoi d’experts internationaux", mais doit englober également la création de capacités et une aide pour la mise en place d’institutions fortes.

Quelle attitude adopter vis-à-vis des pays en voie de développement ? Sur cette question, les avis divergeaient fortement. Mike Mathias a estimé qu’il faut engager un dialogue sur un pied d’égalité "en incluant également les pays en voie de développement dans les discussions au niveau international". Dans ce contexte, il a pointé du doigt le chantage que la Commission européenne a exercé lors des négociations en vue d’un accord commercial avec les pays ACP. Luc Dockendorf n’était pas d’accord avec cette analyse des relations Nord/Sud. A ses yeux, les pays en voie de développement disposent de nombreuses organisations pour s’exprimer au niveau international. Pour étayer son argumentaire, il a notamment cité l’exemple de la Conférence des Nations Unies pour le développement et l’Organisation mondiale de la Santé en ajoutant que les discussions y sont "parfois très productives, et parfois moins".