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Énergie
Les coûts de l’énergie solaire seront inférieurs à ceux du charbon et du gaz dans les régions les plus ensoleillées de l’UE d’ici 2025, selon les résultats d’une étude d’un institut de recherche spécialisé
24-02-2015


le logo de l'ONG Agora EnergiewendeD’ici 2025, les coûts de production de l’énergie solaire seront inférieurs à ceux du charbon ou du gaz dans les régions les plus ensoleillées de l’UE, selon les résultats d’une étude du Fraunhofer-Institute for Solar Energy Systems (ISE) publiée le 24 février 2015, à la veille de la présentation par la Commission européenne de ses projets en matière d’Union de l’énergie.

Intitulée "Current and Future Cost of Photovoltaics" (Coûts actuels et futurs du photovoltaïque), l’étude a été commanditée par l’ONG allemande Agora Energiewende, spécialisée dans le domaine de la transition énergétique. Elle vise à estimer l'évolution des coûts de l'énergie photovoltaïque à moyen terme dans un contexte "de grande incertitude concernant le rôle futur de cette technologie", écrivent les auteurs. En effet, en raison de son coût supposément plus élevé que d’autres sources d’énergies faibles en carbone, le solaire photovoltaïque ne s’est vu accorder qu’un rôle limité dans l’UE, explique Agora Energiewende dans un communiqué diffusé le même jour.

Le photovoltaïque "déjà rentable"

Or, "l’étude montre que le solaire photovoltaïque n’est pas seulement une option viable parmi les énergies renouvelables, mais qu’il pourrait rivaliser avec les options prétendument moins chères telles que le charbon et le gaz", poursuit l’ONG. Pour leurs calculs, les chercheurs se sont basés sur les connaissances et les technologies actuellement disponibles, à l’exclusion donc de potentielles avancées technologiques futures dans le domaine de l'énergie solaire.

Concrètement, l’étude met en évidence que la chute des prix connue ces dernières années dans le secteur a fait que l’énergie solaire photovoltaïque est "déjà rentable" aujourd’hui. Ainsi, les auteurs relèvent notamment qu’entre 2005 et 2014, les tarifs pour les installations photovoltaïques à grande échelle situées en Allemagne ont chuté de 0,40 euros le Kilowattheure (kWh) à moins de 0,09 euros. "Par comparaison, l'électricité produite par les éoliennes revient entre 6 et 9 cents par kWh en Allemagne, celle issue des nouvelle centrales à charbon et à gaz coûte entre 7 et 11 cents et celle produite à partir de centrales nucléaires revient à 11 cents", écrivent les auteurs.

La baisse des coûts va se poursuivre

Mais surtout, les auteurs relèvent que l’évolution à la baisse des coûts de l’énergie photovoltaïque observée ces dernières années ne semble pas prête de ralentir. "Même dans les scénarios les plus conservateurs pour le développement du marché, sans tenir compte des avancées technologiques, de nouvelles réductions significatives de coûts sont attendues", écrivent-ils. Ainsi, selon les estimations réalisées, en 2025, le coût de production de l'énergie solaire en Europe centrale et méridionale atteindra entre 4 et 6 cents le kWh, pour chuter encore entre 2 et 4 cents d'ici 2050, soit, au cours de la prochaine décennie, une réduction des coûts d'environ un tiers sous le niveau de 2015. "L’énergie solaire sera bientôt l’une des formes d’électricité les moins chères dans de nombreuses régions du monde", affirment ainsi les auteurs.

Un cadre financier et règlementaire déterminant

L'étude révèle enfin que les coûts de production d'électricité pour l'énergie solaire sont très dépendants des cadres financiers et réglementaires, en raison tout particulièrement de l’investissement très important que nécessitent les installations photovoltaïques. "Produire de l'énergie à partir de l'énergie solaire photovoltaïque nécessite un investissement initial élevé, mais permet ensuite la production d'énergie pour 25 ans et plus à un coût marginal proche de zéro", écrivent les auteurs de l’étude. Il s’agit ainsi d’une technologie de génération d'énergie "très intensive" en termes capitalistiques, et les intérêts payés notamment sur la dette ont un effet majeur sur le coût total d'un projet photovoltaïque à grande échelle, relève l’étude.

Ainsi, selon les auteurs, un environnement réglementaire non favorable ou des taux d’intérêts trop élevés peuvent augmenter le coût des installations solaires jusqu'à 50 %. Une différence dont l’impact sur le coût de l’énergie pourrait dépasser les avantages d’un ensoleillement plus important, alors que la ressource solaire est "communément considérée comme centrale pour évaluer le potentiel d'un pays ou d'une région de produire de l'énergie solaire", rappellent les auteurs.

"Des conditions de financement favorables et des cadres juridiques stables sont donc des conditions vitales pour une électricité solaire propre et abordable", a de son côté estimé le docteur Patrick Graichen, directeur d’Agora Energiewende, cité dans le communiqué de l’ONG. "C’est aux décideurs de créer et de maintenir ces conditions", souligne-t-il.

Revoir le bouquet énergétique

Les auteurs indiquent finalement que leurs résultats appellent à "une révision fondamentale" du rôle futur et de la contribution de l’énergie photovoltaïque dans le bouquet énergétique national, régional et global, ce rôle ayant été largement sous-estimé en raison de l’utilisation de modèles de coûts dépassés. Une révision nécessaire "non seulement sur le secteur de l'énergie, mais aussi pour le chauffage et le refroidissement et même le secteur des transports" alors que "l'énergie solaire jouera un rôle majeur dans la réduction mondiale des émissions de carbone  ainsi que dans les stratégies régionales de décarbonisation dans de nombreuses parties du monde", concluent-ils.

La publication du rapport a été saluée par l’eurodéputé luxembourgeois Claude Turmes (Verts/ALE) qui a appelé les autorités nationales et régionales à faire leurs les recommandations de l’étude. "Le solaire photovoltaïque a déjà atteint des réductions de coûts impressionnantes et il continuera dans cette direction. Cela devrait être mieux reflété dans le scénario de modélisation énergétique et la feuille de route de la Commission européenne pour l'Union de l'énergie", a-t-il dit, selon des propos rapportés par Euractiv.