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Politique étrangère et de défense
Avi Primor a relancé à Luxembourg son appel en faveur d’une troupe internationale dirigée par l’UE pour imposer paix et sécurité en Cisjordanie
15-01-2009


Avi PrimorAvi Primor, universitaire et ancien ambassadeur israélien au Luxembourg de 1987 à 1991, et surtout ambassadeur israélien très remarqué en Allemagne au cours des années 90, a de nouveau donné le 15 janvier 2009 – et cette fois-ci à l’invitation des Amis d’Israël au Luxembourg - une conférence au CCR Neumünster  sur le conflit au Proche Orient. Il a abordé devant une salle archicomble le rôle que l’Union européenne pourrait jouer dans le cadre d’une solution à la fois du conflit israélo-palestinien et du conflit global entre une grande part du monde islamique et le monde occidental. 

Toute solution se heurte au manque de garanties pour la sécurité d’Israël

Pour Avi Primor, la solution du conflit est évidente, et d’une manière ou d’une autre, elle apparaît dans tous les plans de paix des dix dernières années : que ce soit à Camp David, dans le plan de paix saoudien, les propositions du Quartette, dans le plan de Genève et le plan des prisonniers palestiniens du Fatah et du Hamas, ou bien dans celui d’Ehud Olmert de novembre 2006. Quatre axes y apparaissent constamment : d’abord la reconnaissance de l’existence d’Israël, la paix et la garantie de la sécurité pour les Israéliens ; ensuite la création d’un Etat palestinien concomitant avec l’évacuation des colonies ; puis un nouveau partage de Jérusalem ; finalement une solution au problème des réfugiés.

Mais pourquoi ces objectifs évidents soutenus par la majorité des populations des deux parties, ne sont-ils pas suivis d’effets, malgré des négociations qui durent depuis la fin de 2006 ? Pour Primor, c’est parce que la majorité des Israéliens n’arrive pas à se décider pour aller de l’avant, dans la mesure où dans la constellation actuelle il manque quelque chose : la sécurité. Israël est même sujet à des menaces qui proviennent d’Etats qui n’ont aucune frontière avec lui, comme l’Iran. Dans le temps, le président égyptien Sadate et le roi de Jordanie, Hussein, avaient promis à Israël la sécurité, et Israël leur avait fait confiance. Le président palestinien, Mahmoud Abbas, promet la même chose, il est crédible, "mais il n’a même pas les moyens d’assurer sa propre sécurité". Or, le territoire qu’il est censé gouverner, la Cisjordanie, est dans la proximité immédiate des centres vitaux d’Israël. Comme il ne peut pas assurer la sécurité d’Israël, son territoire reste occupé, les colonies ne sont pas évacuées, l’Etat palestinien n’est pas créé et la paix ne règne pas.

Une solution internationale qui impliquerait l’Union européenne sur le terrain

Pour Primor, il ne peut qu’y avoir une solution internationale. Elle passerait par la relève des troupes d’occupations par des troupes internationales qui imposerait la sécurité. Cela est pour Primor "faisable et possible". Ses arguments : la Cisjordanie, avec ses 5000 km2, n’est pas plus grand que deux fois le Luxembourg, ce n’est ni le Vietnam, ni l’Afghanistan. Une troupe internationale serait saluée par les Palestiniens comme "une armée de libération". Cette troupe ne devrait pas être grande mais devrait agir selon un mandat "robuste et clair". Le mieux serait pour Primor que cette troupe soit composée par des soldats américains. "Mais ils ne veulent pas !", regrette-t-il. A part les Américains, il n’y a pour Primor qu’un seul acteur politique qui pourrait prendre la relève : l’Union européenne accompagnée le cas échéant de troupes venant de pays musulmans comme la Turquie.

Reprenant une thèse déjà développée lors de sa conférence du 20 novembre 2007, Avi Primor a avancé l’hypothèse que les dirigeants européens "d’habitude si timides", pourraient sous certaines conditions, être d’accord avec un tel plan. Ces conditions seraient que l’action aurait le soutien des deux parties israélienne et palestinienne, des USA, de l’Egypte, de l’Arabie saoudite et d’une partie du monde arabe et musulman. Son mandat couvrirait la sécurité d’Israël et à l’intérieur des territoires palestiniens, le soutien à l’Autorité palestinienne et la création et la formation de forces armées palestiniennes.

Une solution globale pourrait passer par un "plan Marshall" pour tirer le monde musulman du désespoir

Dans un second temps, Avi Primor a abordé les thèses qu’il a développées dans son nouveau livre paru en allemand et qui porte le titre "Avec l’islam contre la terreur". Selon Primor, les populations des pays musulmans ne s’intéressent pas à la question d’Israël. Il en est autrement des fondamentalistes et des autorités de certains pays musulmans. Le régime iranien veut avant tout imposer son hégémonie sur ses voisins dans le Golfe, l’Irak, l’Arabie saoudite, etc., poursuivant par là un vieux rêve perse qui lui permettrait de nos jours de contrôler 57 % des réserves mondiales de pétrole. D’où la volonté de l’Arabie saoudite de contribuer à la paix au Proche Orient, ce qui la protègerait mieux de l’Iran. Mais en gros, les conflits interarabes et inter-musulmans dominent et n’ont pour Primor rien à voir avec Israël.

Dans ce contexte, on peut lutter par de nombreux moyens contre le terrorisme fondamentaliste, allant jusqu’à faire infiltrer des groupes terroristes par des agents secrets pour mieux les neutraliser, mais Primor est convaincu qu’il y aura toujours de nouvelles recrues qui se lèveront pour perpétrer des attentats-suicides. La clé du problème est que les populations musulmanes se sentent humiliées et que Ben Laden "a sauvé leur honneur". Elles sont prêtes à suivre de nombreux "faux prophètes". Les USA, l’UE et leurs alliés dans le monde devraient donc parer à l’humiliation et au désespoir des musulmans par une sorte de "plan Marshall", à l’instar de ce que les USA ont fait à partir de 1947 en Europe pour préserver le Vieux continent de verser dans la dépression voire dans le camp communiste. Le plan Marshall a coûté 1,1 % du PIB des USA de l’époque. 1,1 % du PIB des pays concernés aujourd’hui, ce sont, selon Primor, 2 000 milliards de dollars. "En faudra-t-il autant pour rendre l’espoir au monde  musulman ?", a demandé le conférencier qui a conclu par un appel à la mobilisation pour un tel plan de soutien.