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Economie, finances et monnaie - Traités et Affaires institutionnelles
Jean-Claude Juncker regrette que les dirigeants politiques européens "dénigrent les réussites de l'Europe" et donnent ainsi aux citoyens l’image d’une bagarre générale
Le Premier ministre plaide pour un renforcement de la coopération européenne sous la forme par exemple d'une armée européenne ou d'un impôt commun
15-04-2010


Jean-Claude Juncker dans le Financial Times DeutschlandDans une interview publiée le 15 avril 2010 dans le Financial Times Deutschland, le Premier ministre luxembourgeois, Jean-Claude Juncker, a déclaré que les leaders politiques européens sont eux-mêmes responsables de la mauvaise réputation de l’Union européenne auprès des citoyens. Pour le président de l’Eurogroupe, "nous dénigrons les grandes réussites" et "nous ne sommes pas capables d'accomplir de nouveaux succès, car nous ne sommes pas fiers des succès que nous avons déjà atteints". Le Premier ministre s’explique la lassitude européenne par le fait que "nous nous sommes habitués à toujours nous plaindre de ce qui ne marche pas", et que cette forme de discussions donne aux citoyens plutôt l’image d’une bagarre générale que d’une coopération harmonieuse.

Jean-Claude Juncker redoute par ailleurs que l’Europe ne voie pas grandir une nouvelle génération pro-européenne si la génération actuelle ne met pas l’accent sur les valeurs communes et sur la réduction des différences. "Nous avons déjà du mal à conserver l’héritage de ceux qui nous ont précédé", a-t-il souligné, "et si nous continuons à le morceler, cela deviendra de plus en plus difficile".

Le président de l'Eurogroupe s'est en outre inquiété des "grandes réticences" en matière européenne de l'Allemagne. "Que l'on jette en priorité un regard de politique intérieure sur les questions européennes au lieu d'un regard européen sur les affaires de politique intérieure, cela me préoccupe", a déclaré Jean-Claude Juncker. Il s’est dit "très satisfait de la décision [sur la plan d’aide à la Grèce] et du rôle constructif du gouvernement fédéral" allemand, mais s'est également inquiété des "grandes réticences qu'il y a [en Allemagne] lorsqu'il s'agit d'Europe".

Jean-Claude Juncker a expliqué que l’histoire de l’euro en Allemagne est différente de celle des autres pays de la zone euro. Il a rappelé que Helmut Kohl avait déjà dû faire face à des "oppositions incroyables lorsqu’il a voulu persuader les Allemands du bien-fondé de l’euro". Le Premier ministre ne comprend pas pourquoi les responsables politiques n’expliquent pas aux citoyens européens les avantages de la monnaie unique et de l’UE dans son ensemble. Pour lui, ces avantages se sont montrés pendant la crise, et c’est notamment l’euro qui "nous a tous protégés".

En guise de conclusion, le Premier ministre a plaidé pour un renforcement de la coopération en Europe, sous la forme par exemple d'une armée européenne ou d'un impôt commun. "Si on avait un impôt européen, il y aurait moins de disputes au sujet du financement du budget de l'UE", a-t-il jugé. Mais il pense que dans le contexte actuel, de tels projets ne sont pas prêts de s'imposer. Et d’ajouter que si l’Europe réalisait de nouveau qu’elle est capable d’accomplir de grands succès, on pourrait discuter calmement de ce qui ne fonctionne pas. Mais, pour lui, le problème actuel est plutôt qu’on fait "comme si rien ne fonctionnait" et qu’on mise toujours sur une argumentation nationale au lieu de miser sur la perspective européenne.