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Economie, finances et monnaie - Marché intérieur
En visite à Luxembourg, le commissaire européen Michel Barnier est venu présenter ses deux grands projets qui visent à améliorer le marché unique et à remettre les marchés financiers au service de l’économie réelle
11-02-2011


C’est au terme d’une journée digne d’un marathon que le commissaire européen en charge du Marché intérieur et Michel Barnier à Luxembourg le 11 février 2011des Services, Michel Barnier, a pris le temps de rencontrer la presse luxembourgeoise le 11 février 2011.

Au cours de sa visite de travail, Michel Barnier a pu s’entretenir avec le Premier ministre Jean-Claude Juncker, mais aussi avec les ministres Jean Asselborn, Luc Frieden et Jeannot Krecké.

Michel Barnier a rencontré par ailleurs Yves Mersch, le président de la BCL, et a eu un échange de vue à la Chambre avec une vingtaine de députés luxembourgeois. Sans compter ses entretiens avec les membres du Comité économique et social.

"Les commissaires ne sont pas des super-technocrates apatrides", juge bon de rappeler Michel Barnier

L’après-midi s’est terminée par un workshop réunissant des fonctionnaires européens et luxembourgeois afin de faire le point sur la transposition des directives relevant des compétences du commissaire. Il a donc été question de la directive services, des qualifications professionnelles, de marché public ou encore de SOLVIT et du guichet unique. Des domaines dans lesquels le Luxembourg affiche globalement un bon niveau de transposition selon Michel Barnier. Ce dernier dit se soucier de rencontrer "ces relais", "ces acteurs du marché unique" qui ont pour mission de le mettre en œuvre. Et il prend le temps, une fois par semaine, d’aller à leur rencontre dans les différents Etats membres.

"Les commissaires ne sont pas des super-technocrates apatrides", a tenu à souligner Michel Barnier, insistant sur le fait qu’ils étaient avec ses consœurs et confrères des "femmes et des hommes politiques ayant la particularité d’avoir prêté serment et d’être exclusivement attachés à servir ensemble l’intérêt général européen". Et ce qu’il a pu faire en France dans le cadre des fonctions politiques qu’il a assumées lui sert aujourd’hui beaucoup dans la mise en œuvre du marché unique, ainsi qu’en a témoigné le commissaire.

Le commissaire Barnier mène de front deux grands chantiers en ce moment, et c’est de cela qu’il est venu notamment discuter à Luxembourg avec ses différents interlocuteurs.

Remettre les marchés financiers au service de l’économie réelle

La première mission à laquelle s’attache Michel Barnier, c’est de remettre les marchés financiers au service de l’économie réelle, et non l’inverse, comme on a pu le constater depuis quinze ans. Michel Barnier part du principe que l’industrie financière sera d’autant plus compétitive que ses bases seront saines.

Aussi, il prévoit d’achever d’ici à la fin de l’été 2011 la rédaction de tous les textes mettant en œuvre en Europe les décisions prises par le G20 pour faire face à la crise. Beaucoup a déjà été fait conformément aux engagements pris pendant la crise en termes de gouvernance et de supervision : les trois autorités de supervision sont en place ainsi que le Comité européen du risque systémique (CERS), les choses avancent en matière d’encadrement des rémunérations et de bonus, mais aussi pour ce qui est de la régulation des fonds alternatifs

En ce qui concerne les agences de notation, deux régulations sont déjà mises en œuvre ; la dernière ayant été proposée en juin et votée en décembre au Parlement européen, place les agences de notation sous l’autorité de l’ESMA. Le souci est de renforcer par un troisième texte les règles de transparence, d’insister sur les questions de méthodologie et de rendre plus forte la concurrence sur le marché de la notation, comme l’a précisé Michel Barnier qui aimerait que les Européens soient eux aussi présents. "Le thermomètre n’explique pas la fièvre", a lancé le commissaire, mais il veut favoriser plus de diversité et de transparence pour que les malades aient "droit le cas échéant à un thermomètre fonctionnant correctement".

Pour autant, le commissaire Barnier prend délibérément son temps et, pour ne pas avoir à "improviser sur ces textes", il mise sur la consultation et sur la réflexion quant à l’effet cumulatif de ces différentes propositions.

Un acte pour le marché unique : le débat est en cours pour définir quelles seront les mesures à mettre en œuvre en priorité

Le second cheval de bataille du commissaire Barnier, c’est le marché unique qu’il souhaite mettre au service du progrès et de la croissance. Car face aux effets de la crise, il convient aussi, au-delà de la réduction de déficit et de la dette, de recréer de la croissance et de l’emploi. Et si le marché unique fonctionnait mieux, on pourrait gagner 2 à 4 % de croissance selon Michel Barnier. Il a donc lancé en octobre 2010 un "acte pour le marché unique", le "Single Market Act" (SMA), dans lequel il liste 50 propositions concrètes qui sont actuellement en débat.

L'acte pour le marché uniqueLa Chambre des députés rapporte dans un communiqué que, lors de son entretien avec les députés, le Commissaire s’est vu demander au sujet du SMA ce qu’il en était des aspects sociaux ou encore que deviendraient les services publics. "Pensez-vous que les problèmes que les citoyens rencontrent dans des régions transfrontalières contribuent à les rapprocher de l’Europe?", ont aussi interpellé les députés luxembourgeois.

Ce à quoi a répondu Michel Barnier en rappelant que la Commission souhaitait recueillir les remarques et suggestions des gouvernements nationaux et acteurs de la société civile sur le SMA. Parmi les propositions faites par la Commission, celles qui seront jugées les plus urgentes par les différents acteurs vont être mises en œuvre en priorité, et ce dès le mois d’avril-mai, l’objectif étant de pouvoir célébrer en 2012 les 20 ans du marché unique avec dynamisme…Une invitation lancée aux acteurs luxembourgeois à communiquer leurs réflexions sur le besoin de créer des mesures spécifiques concernant les régions transfrontalières.

"On doit et on va agir" pour faire face à la spéculation sur les marchés des matières premières

Pour ce qui est de la spéculation sur les marchés des matières premières, "on doit et on va agir", a annoncé le commissaire Barnier en réponse à un journaliste. Il existe cependant différents types de matières premières, et différentes explications à la volatilité des marchés comme l’a précisé Michel Barnier.

Prenant l’exemple de la sécurité alimentaire, l’ancien ministre de l’Agriculture, a expliqué que la première raison de la volatilité des marchés était lié à l’écart entre l’offre et la demande, et dans un contexte où il faudrait doubler la production pour pouvoir arriver à nourrir 9 milliards d’humains, le commissaire européen a appelé l’UE à maintenir d’une part sa capacité de production et d’autre part à aider l’Afrique à augmenter sa capacité de production. L’occasion pour Michel Barnier de glisser un mot sur "le vent de démocratie" qui souffle actuellement et qui est à ses yeux "une bonne nouvelle pour les économies" des pays concernés. "Nous devons aider l’autre rive de la Méditerranée à construire un marché commun, y compris avec Israël", a plaidé Michel Barnier dans ce contexte.

La deuxième explication à la volatilité monétaire et la spéculation vient en troisième position pour expliquer la volatilité des marchés. Face à la spéculation, il convient d’obliger à la transparence. Le commissaire Barnier a donc listé les propositions en cours, dont notamment une réglementation sur les produits dérivés mise sur la table en septembre et en cours de discussion au Parlement européen et au Conseil. Il s’agit là de comprendre qui fait quoi sur des marchés où les liens entre transactions financières et économie réelle sont de plus en plus forts et où les matières premières agricoles deviennent des produits financiers. La directive sur les marchés financiers va viser elle aussi à accentuer la transparence et le commissaire entend notamment proposer une limite aux positions de marchés. La directive sur les abus de marché devrait elle aussi être renforcée. De son côté, Dacian Ciolos, qui est en charge de l’Agriculture à la Commission, travaille sur les marchés physiques et sur leurs liens avec les marchés financiers.

Michel Barnier aspire à ce que "l’engagement européen, le volontarisme du Luxembourg soient le plus communicatifs possibles" dans le débat sur la coordination des politiques économiques et budgétaires

Interrogé sur la position du président français concernant le pacte de stabilité, le commissaire, qui est aussi un de ses anciens ministres, s’est contenté de noter que, "dans les crises qui les ont secoués, l’Euro et l’Europe ont plutôt progressé dans le bon sens", et ce y compris en termes de solidarité.

Saluant les outils durables de gouvernance, de coordination et de réglementation mis en place, Michel Barnier a fait part de son souhait que "l’engagement européen, le volontarisme du Luxembourg soient le plus communicatifs possibles" dans le débat en cours sur la coordination.