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Parlement européen - Traités et Affaires institutionnelles
Commission Juncker – Les réactions des groupes politiques européens
10-09-2014


pe-camembertLes groupes politiques au Parlement européen ont fait connaître leurs commentaires au sujet de la nouvelle Commission européenne présentée par son président, Jean-Claude Juncker, le 10 septembre 2014. Dans l’ensemble, la nouvelle architecture de la Commission conçue par ce dernier, est plutôt appréciée par les groupes politiques représentés au Parlement européen. Par contre, la nomination de certains commissaires et l’intitulé des portefeuilles suscitent de vives critiques au sein de plusieurs groupes politiques du Parlement européen.

Pour le PPE, les attentes des électeurs sont exaucées

Dans son communiqué de presse, le Parti populaire européen (PPE), dont est membre Jean-Claude Juncker, s’est réjoui que "les réformes, l'emploi et la croissance seront au cœur des priorités de la nouvelle Commission européenne". La structure et l’organisation de cette dernière seront "plus politiques et plus efficaces, de façon à affronter les défis des prochaines années", a déclaré Manfred Weber, député européen et Président du Groupe PPE au Parlement européen, dans un communiqué de presse. "Avec cette équipe de haut niveau, l'Europe est désormais entre de bonnes mains. Les nouveaux commissaires sont des femmes et hommes politiques très expérimentés, et non des bureaucrates", s’est-il félicité.

Le PPE juge qu’il jouera un rôle prédominant dans cette Commission. "Avec 14 commissaires disposant de portefeuilles de premier plan, le PPE sera à la manœuvre pour mener à bien le programme de réformes en faveur de l'emploi et de la croissance. Nous sommes fiers de ce choix. La nouvelle Commission va concentrer ses efforts sur les dossiers importants et lutter contre la bureaucratie inutile. C'est exactement ce que souhaitent nos électeurs", lit-on encore dans le communiqué.

Les Socialistes et Démocrates (S&D) s’inquiètent des nominations du Hongrois Tibor Navracsics et du Britannique Jonathan Hill

Du côté du groupe des Socialistes et Démocrates (S&D), qui forment avec le Parti populaire européen, une majorité au Parlement européen, leur président Gianni Pittella a souligné que la Commission européenne, telle que présentée par Jean-Claude Juncker le 10 septembre 2014, doit désormais "inaugurer une nouvelle phase, (…) avec une structure innovante et de nouveaux plans de développement pour surmonter la crise". La création de portefeuilles horizontaux "contribuera à la mise en pratique des engagements pris par M. Juncker devant le Parlement européen, en particulier son plan d’investissement de 300 milliards d’euros", dit encore le communiqué de presse diffusé par S&D.

Le groupe ne cache toutefois pas son amertume quant au nombre de portefeuilles qui lui sont revenus, tout en reconnaissant que les huit commissaires sociaux-démocrates ont "obtenu la responsabilité sur une série de matières très stratégiques et stimulantes" et en saluant le fait que Frans Timmermans ait hérité du nouveau poste de "premier vice-président".

Pour le groupe S&D, la nomination de Federica Mogherini "assurera pour la première fois à l’Europe une véritable politique étrangère", tandis que celle de Pierre Moscovici est considérée comme "une indication claire que l’Europe a tourné la page de l’austérité".

"Toutefois, le Groupe S&D s’inquiète au sujet des portefeuilles des services financiers et de l’enseignement", à savoir ceux du Britannique et du Hongrois.  Et il fait savoir que ses eurodéputés procèderont "très, très attentivement" aux auditions des nouveaux commissaires. Il souligne notamment qu’il surveillera la volonté des candidats de promouvoir les valeurs fondamentales de l’Union européenne. "Tibor Navracsics est averti", dit-il.

"Le secteur financier a d’urgence besoin d’une meilleure réglementation et nous n’accepterons aucun recul en la matière. C’est une question de principe. Nous promettons d’être impitoyables avec Lord Hill", considéré comme "un conservateur, partisan d’une approche libérale et du marché libre", ajoutent par ailleurs les Socialistes & Démocrates.

Les Verts dénoncent les provocations de la liste de Jean-Claude Juncker

Pour, les Verts/ALE, "la proposition de M. Juncker soulève de graves questions sur ses priorités politiques". Certes, "les choix de Monsieur Juncker montrent qu'il prend au sérieux son rôle de Président ainsi que les défis que la nouvelle Commission doit relever", dit le communiqué de presse publié à cette occasion. Et la nouvelle structure "pourrait donner le jour à une Commission plus cohérente et plus politique", estiment les Co-Présidents du groupe des Verts/ALE, Rebecca Harms et Philippe Lamberts.

Néanmoins, ces deux derniers regrettent que "dans certains cas, les intérêts des États et des partis politiques aient d'avantage pesé que les compétences". La nomination de Jonathan Hill au poste "hautement sensible" des services financiers et de l'Union bancaire constitue à leurs yeux "une provocation". "Cela signifie qu'un lobbyiste de l'industrie financière serait chargé de la réglementation financière", s'est pour sa part offusqué l’eurodéputé vert allemand Sven Giegold, sur son site internet comme le rapporte l’Agence Europe.  

Les Verts parlent également de "provocation" au sujet de la décision de nommer Tibor Navracsics au poste de Commissaire à la citoyenneté. Ils entendent en tout cas ne pas relâcher la pression lors des auditions, pour lesquelles ils ont créé un blog spécial.

Par ailleurs, en amont de la présentation de la Commission, les Verts avaient déjà mis en garde contre le "mauvais signal" qui serait envoyé si une fusion des portefeuilles de l'énergie et du changement climatique survenait. Pour cause, "la création d’un portefeuille dédié spécifiquement à l’action pour le climat fut un signal très puissant pour nos partenaires internationaux que l’UE voit l’action contre le changement climatique comme un domaine prioritaire vers lequel elle entend conduire l’agenda international", disaient-ils alors. Cinq jours plus tard, la fusion avérée, les Verts confirment qu’ils craignent que "cette décision nuise à l'engagement de l'UE face à l'urgence climatique".

De même, la fusion des portefeuilles de la pêche et de l'environnement "ne doit pas mener à un désengagement de l'UE dans des domaines aussi importants", préviennent les écologistes.

Le fait qu'il n'y ait que neuf commissaires femmes est également "une très grande déception" pour les écologistes. "Malgré le fait qu'elle s'affiche comme étant championne en matière d'égalité des sexes à travers toute l'Europe, la Commission européenne n'est pas parvenue à progresser par rapport à son précédent mandat", déplorent-ils. Les Verts, qui avaient déjà annoncé que la nouvelle Commission devrait avoir au moins autant de femmes que la précédente pour recueillir leur assentiment, font savoir qu’ils vont s’employer afin que des règles nouvelles soient édictées. Leur idée est que "les gouvernements soient contraints de proposer une femme et un homme pour la Commission européenne", dit le communiqué de presse.

L’ALDE met en avant son propre engagement dans l’égalité des sexes

"Nos candidats seront en charge des priorités clés : le commerce, la concurrence, la justice et la création d'une union énergétique et numérique. Deux vice-présidents sont libéraux", s’est félicité le président de l’"Alliance des libéraux et des démocrates pour l'Europe" (ALDE), Guy Verhofstadt, ancien candidat au poste de président de la Commission, dans un communiqué de presse. Il juge également que désormais, la Commission a le potentiel pour s'émanciper de la tutelle du Conseil.

Par contre, l’ALDE critique le petit nombre de femmes présents, en soulignant que l’ALDE avait largement fait sa part de travail, avec quatre femmes parmi les cinq candidats libéraux (à savoir Alenka Bratušek, Vĕra Jourova, Margrethe Vestager et Cécilia Malström). "Les familles conservatrices et socialistes ne sont pas parvenues à s'aligner. De toute évidence, ils ne pratiquent pas ce qu'ils prêchent quant à l'égalité des sexes", constate l’ALDE.

"Ce qui jouera un rôle crucial dans notre évaluation sera l'engagement des commissaires désignés vis-à-vis de nos valeurs démocratiques, de l'État de droit et leur vision de la direction que l'Europe doit prendre", préviennent par ailleurs les libéraux.

L’eurodéputé ALDE, Alain Cadec, président de la commission de la pêche au PE, a pour sa part réagi sur la décision de mettre la pêche et l’environnement dans un même portefeuille. "La pêche a évidemment une dimension environnementale essentielle mais il est extrêmement dangereux de ne la considérer que sous cet angle. La Commission ne doit pas oublier que la pêche est aussi une activité économique importante dans les territoires côtiers", a-t-il déclaré, selon des propos rapportés par l‘Agence Europe.

Le GUE/NGL aurait aimé un super commissaire recevant la double tâche de renforcer la croissance économique et de mettre en place des standards sociaux et écologiques minimaux pour réduire le chômage

La présidente du GUE/NGL, Gabi Zimmer, a réagi sèchement en déclarant que la nouvelle Commission européenne "doit radicalement changer de direction si elle entend combattre le chômage et la pauvreté et restaurer la confiance des citoyens dans l’UE". Certes, la structure  qui donne aux vice-présidents une plus grande responsabilité, signifie que "nous n’aurons pas 28 Commissaires regardant seulement leur propre portefeuille ou leur intérêt national", lit-on dans le communiqué de presse du GUE-NGL.

Par contre, il aurait fallu selon le parti, définir les portefeuilles autrement. "Pourquoi n’y-a-t-il pas de super commissaire recevant la double tâche de la croissance économique et de standards sociaux et écologiques minimaux pour réduire le chômage ? Nous aurions attendu qu’un tel poste soit créé étant donné le haut niveau du chômage des jeunes et de la pauvreté croissante", dit le communiqué de presse.

Le GUE/NGL émet des doutes sur plusieurs commissaires, notamment sur Günther Oettinger, nommé à l’économie et la société numériques. Le groupe politique doute de sa volonté à "réellement agir dans l’intérêt des citoyens, étant donné ses précédents en tant que commissaire à l’énergie, mandat durant lequel il représenta en particuliers les intérêts des entreprises de l’énergie sur des questions telles que la lutte contre la pauvreté énergétique".

Le parti souligne que le commissaire à l’énergie et au climat, Miguel Canete, est connu pour "ses liens avec les entreprises pétrolifères ainsi que pour ses commentaires sexistes lors de débats télévisés". Quant au candidat irlandais, Phil Hogan, nommé à l’agriculture, on lui reproche d’avoir essayé d’empêcher des autorités locales de continuer à donner un abri à une communauté de gens du voyage.

En conclusion du communiqué de presse, Gabi Zimmer  effectue deux demandes à l’adresse de la Commission : l’abolition de la Troïka et la construction d’une Union sociale qui se donne pour priorité de lutter contre le chômage des jeunes et de réaliser un investissement durable dans la création d’emplois ; un engagement immédiat pour la transparence en révélant le contenu des négociations du TTIP aux citoyens.

Le Groupe Europe de la liberté et de la démocratie directe (EFDD) dénonce comme une "ruse cynique" visant à berner les Britanniques la nomination de Jonathan Hill

Le Groupe Europe de la liberté et de la démocratie directe (EFDD), dominé par le Parti pour l'indépendance du Royaume-Uni (UKIP), qualifie, dans un communiqué, de "ruse cynique", la nomination de Hill. Le porte-parole du groupe Steven Woolfe la voit comme "un chantage pour acheter la confiance de la population britannique en les faisant penser que les services financiers britanniques sont entre de bonnes main". En fait, "l’UE a un agenda clair consistant à partir à l’assaut de l’industrie la plus chère de la Grande-Bretagne, et aimeraient le cacher derrière la nomination d’un délégué britannique". Ainsi, "Lord Hill n’agira pas dans l’intérêt de la population britannique et continuera à détourner le peuple britannique en lui faisant croire que la lutte pour réformer l’UE est réaliste et gagnable".

Le groupe des conservateurs et réformistes européens (ECR) souhaite que la Commission européenne se concentre sur les réformes économiques

Syed Kamall, président du groupe des conservateurs et réformistes européens (ECR), a salué le fait que les priorités des vice-présidents de la Commission sont "largement tournés vers les réformes économiques". "Cette Commission a besoin de se concentrer sur des domaines dans lesquels l’UE peut ajouter de la valeur, et délaisse les domaines qui devraient être traités à un niveau plus local", ajoute-t-il dans son communiqué de presse. Lors des auditions, "nous garderons un esprit ouvert et questionnerons chaque commissaire désigné sur ses idées et sa capacité à apporter des réformes qui s’attaquent aux défis du futur."