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Politique étrangère et de défense
Le volet européen de la déclaration de politique étrangère a suscité un vif débat à la Chambre des députés
18-11-2009


Le 18 novembre 2009, la Chambre des députés a débattu de manière très critique sur la déclaration de politique étrangère que Jean Asselborn avait exposé la veille. La quasi-unanimité des années précédentes, marquées par l’engagement commun de faire passer le traité de Lisbonne, a fait place à la discussion, plus marquée par les clivages politiques, sur la meilleure manière de faire de la politique européenne dans le cadre du nouveau traité. Des questions institutionnelles, la Chambre est passée à la discussion sur les contenus de la politique européenne.    

Norbert Haupert espère que l’UE saura saisir la chance que lui donnent Lisbonne et l’appel américain au multilatéralisme pour prendre ses responsabilités sur la scène internationale

Norbert HaupertNorbert Haupert (CSV) estime que le plus grand défi reste la faim dans le monde et il s’est donc dit heureux que le ministre Asselborn ait souligné dans sa déclaration que les objectifs du millenium étaient loin d’être atteints.

Revenant sur le 20e anniversaire de la chute du mur de Berlin, Norbert Haupert a rappelé que cet événement avait non seulement ouvert la voie au processus de démocratisation et à l’élargissement de l’UE à l’Est, mais aussi profondément changé la politique étrangère européenne en mettant faim à un monde bipolaire.

Saluant la volonté d’un président américain qui s’est prononcé pour un nouveau multilatéralisme, Norbert Haupert lit dans les mots du président Obama un appel qui s’adresse aussi à l’Europe, et auquel celle-ci se doit, à ses yeux de répondre en prenant ses responsabilités.

Pour le député chrétien-social, il faut saisir la chance que donne le traité de Lisbonne pour consolider l’UE tant en interne qu’à l’extérieur. L’entrée en vigueur du traité, qui permet de sortir, enfin, du blocage et des incertitudes, a provoqué chez tous les Etats membres un soulagement. Pourtant, Norbert Haupert constate que les citoyens ont des difficultés à s’identifier à un projet européen dont l’objectif premier, restaurer la paix, ne suffit plus. Il faut une nouvelle vision politique, de nouveaux objectifs, mais aussi procéder à un nécessaire travail de clarification, d’explication de ce projet européen.

Quel rôle doit jouer l’UE dans un monde globalisé ? La question n’est pas nouvelle, mais ce qui l’est en revanche, selon Norbert Haupert, c’est le fait que les conséquences négatives de la mondialisation touchent désormais directement les citoyens et ces derniers prennent conscience que les problèmes globaux ne peuvent être résolus au niveau national. Ce consensus toujours plus grand de ses citoyens en faveur d’une plus forte coordination des politiques nationales dans un monde multipolaire va de pair avec une crédibilité du modèle démocratique européen aux yeux de ses partenaires. Et dans ce contexte, il est essentiel que l’UE arrive à définir une stratégie commune pour une politique étrangère de sécurité et de défense (PESD) à la fois vigoureuse et courageuse.

Le traité de Lisbonne offre un potentiel pour renforcer la capacité européenne à pouvoir agir au niveau international. La création des postes de président du Conseil européen et de Haut représentant offrent cohérence et continuité, ainsi qu’une visibilité renforcée à l’UE. Certes, certaines questions se posent encore au sujet du rôle et des compétences du futur président du Conseil européen, et Norbert Haupert a tenu à saluer le mémorandum mis sur la table par les pays du Benelux qui apporte sur ces questions une contribution très utile. Le député n’a pas manqué de souligner l’accent qui a été mis dans ce document sur la méthode communautaire et l’équilibre institutionnel. Le traité offre par ailleurs les moyens de poursuivre et de développer sa PESD, dans le cadre de laquelle l’UE dispose déjà de nombreux instruments.

Norbert Haupert a soulevé la question de l’articulation entre UEO et PESD, expliquant qu’il était dans l’intérêt de l’OTAN, dans le cadre de la réévaluation de son concept stratégique, de mettre l’accent sur la complémentarité des structures et sur la mise en place d’une coopération efficace entre elles pour faire face aux défis qui se posent aujourd’hui. Car l’UE a son rôle à jouer. Et ce notamment dans le conflit au Proche Orient sur lequel Norbert Haupert est longuement revenu.

Lydie Polfer a critiqué la politique de la chaise vide menée un certain temps à l’OCDE et le manque, selon elle, de cohérence de la politique extérieure dans la gestion de l’affaire des listes grises 

Dans son intervention, Lydier Polfer a, au nom de la DP, avalisé l’analyse de Jean Asselborn selon laquelle l’année Lydie Polfer2009 a été celle de grands changements politiques en Europe et dans le monde. Selon elle, ce fut aussi l’année au cours de laquelle l’image du Luxembourg a énormément souffert, foulée aux pieds dans certains médias étrangers, avec le Luxembourg mis sur la liste grise des paradis fiscaux et objet d’excès verbaux de la part de politiques allemands. "Ceux qui nous ont attaqués étaient nos alliés les plus proches", a-t-elle lancé, "y compris le Président de la Commission européenne qui aurait dû éviter cela." La méthode communautaire, qui est pour le Luxembourg censée être le garant du bon fonctionnement de l’UE, a été de ce fait remise en question par ces Etats membres et par la Commission. Le fait que le Luxembourg se soit retrouvé tout seul dans la tourmente est suivi avec préoccupation par le DP.

Comment le Luxembourg doit-il réagir si, sur l’échiquier de l’UE, son rôle devient inexistant ? La question est posée aussi crûment par la porte-parole du principal parti d’opposition. Le gouvernement, surpris par les mouvements diplomatiques de ses partenaires européens, a-t-il tardé à se chercher des alliés ? Lydie Polfer a souligné que la tournée prévue pour expliquer la position luxembourgeoise a dû être annulée parce que le pays avait dû plier avant.

Autre question de Lydie Polfer : Toute cette affaire de liste grise a-t-elle été une entreprise concertée des politiques étrangers ? Selon elle, le Luxembourg n’avait pas de stratégie à long terme pour réagir, bien qu ’il eût été possible de contrecarrer la présentation unilatérale des choses par les autres pays. Car il est bien clair pour la femme politique libérale que la place financière n’a rien à voir avec la crise financière. Comme elle estime aussi que le secret bancaire est un droit civique, un secret professionnel comme un autre, et pas une échappatoire pour des entreprises criminelles. Faire face aurait été possible si que tous les acteurs avaient su tirer sur la même corde ! Pour Lydie Polfer, la défense des intérêts économiques luxembourgeois relève de la responsabilité de nombreux acteurs. Mais la coordination entre eux n’a pas, selon elle, été toujours perceptible, alors qu’il aurait fallu plus de cohérence de la politique extérieure luxembourgeoise. 

Pour l’ancienne ministre des Affaires étrangères, le Luxembourg doit participer à toutes les tables-rondes auxquelles il peut participer. Très critique à l’égard de la politique de la chaise vide pratiquée quand l’OCDE a commencé à discuter de paradis fiscaux et de listes grises, elle a jugé que cette attitude n’était pas conforme à la tradition luxembourgeoise. Selon elle, ce n’est qu’en étant aussi assis à la table à laquelle une question est discutée,  que l’on est vraiment partie prenante des décisions. Et cela vaut pour Lydie Polfer pour toute enceinte internationale ! Une raison pour laquelle elle soutient la candidature du Luxembourg au Conseil de Sécurité de l’ONU, car elle y voit un moyen de participer sur la scène internationale à un moment où l’entrée en vigueur du Traité de Lisbonne va changer la manière dont l’UE va faire de la politique extérieure, une manière qui va diminuer le rôle des Etats individuels.

Le Traité de Lisbonne devrait renforcer la cohérence interne de l’UE, espère Lydie Polfer, qui ne veut pas d’une UE opposant le G4 des quatre grands Etats membres au G23 des autres. Le principe de  cohérence s’applique aussi sur les droits fondamentaux, que Lydie Polfer estime parfois bafoués en UE, comme en Lituanie, où l’homosexualité pourrait être sur le point d’être criminalisée. Le rapport de Transparency International montre aussi que la corruption est encore très à l’ordre du jour dans certains Etats membres de l’UE.

Lydie Polfer a exprimé le souhait que le Premier ministre Jean-Claude Juncker devienne le premier Président du Conseil européen. Elle s’est d’ailleurs demandé avec quelle majorité ce dernier serait nommé, une majorité qu’elle voudrait la plus forte possible, à la mesure du lourd fardeau que ce président devra porter.

La députée libérale a regretté que l’Europe n’ait pas été capable de parler d’une seule voix .lors du vote sur le rapport Goldstone sur les exactions commises lors du conflit autour de Gaza. C’est seulement ensemble que les Européens pourront atteindre leurs objectifs. Sa conclusion "La force de la diplomatie est de construire des ponts. Ce fut le rôle du Luxembourg. Continuons sur ce chemin. Et j’espère que nous pourrons le faire au plus haut niveau."

Ben Fayot a dressé l’inventaire des chantiers où la politique européenne du Luxembourg et les processus législatifs devront se "lisbonniser"

Ben FayotBen Fayot a souligné dans son intervention que la Chambre des Députés mène ses débats sur les grands problèmes avec l’idée qu’elle fait partie d’un grand ensemble qui doit agir de concert pour maîtriser les problèmes globaux, et ce que le débat traite du programme de Stockholm, de la crise financière et économique, du climat, de la migration, ou de l’Afghanistan et de sa reconstruction civile. Pour le député socialiste, le Luxembourg prend ses responsabilités, comme le ministre des Affaires étrangères l’a selon lui bien exposé la veille : "Sa politique étrangère et européenne est l’expression d’un pays souverain hautement développé qui poursuit des objectifs qui ne sont pas égoïstes."

L’entrée en vigueur du traité de Lisbonne donne à l’UE un nouvel instrument de gouvernance, mais il s’agit maintenant aussi, selon un néologisme que Ben Fayot a capté à Bruxelles, de "lisbonniser" la politique européenne à tous les niveaux politiques. Y compris au niveau de la Chambre.

"N’oublions pas comment ce traité est né : du mécontentement de la manière dont le traité de Nice a été négocié en 2000", a lancé Ben Fayot, qui a rappelé que deux conventions, celle sur la Charte des droits fondamentaux, et celle sur le traité constitutionnel, avaient précédé le traité de Lisbonne. Et d’ajouter : "N’oublions pas cette percée démocratique qui est contenue de ce fait dans le Traité de Lisbonne."

Ben Fayot a dressé la liste de ces acquis : la codécision quasi-généralisée, la participation en amont des textes législatifs européens des parlements nationaux, le fait qu’un changement de traité impliquera la tenue d’une convention, la pétition citoyenne européenne, la Charte des droits fondamentaux et l’objectif d’adhérer à la Convention européenne des droits de l’homme, qui sont autant de reflets de l’esprit démocratique du nouveau traité. S’y ajoute la possibilité de sortir de l’UE, "ce qu’il faudrait expliquer au président tchèque Klaus pour lui faire comprendre que l’UE n’est pas l’URSS. Car contrairement à l’URSS, on peut y adhérer et en sortir volontairement", a ironisé Ben Fayot. Mais il s’est montré moins heureux du fait que la Charte ne fait pas partie du traité, mais seulement de son paquet, et il a regretté la méthode à huis clos avec laquelle des concessions ont été faites à la République tchèque lors du dernier Conseil européen.

Aux yeux du député socialiste, il est très important que le citoyen puisse bénéficier d’une bonne information sur l’UE et il a fait l’éloge de la politique du gouvernement à ce sujet, en mentionnant notre site tout en demandant que le rapport de politique européenne connaisse plus de publicité.

Estimant que le Luxembourg est tout à fait capable de réussir ses Présidences du Conseil, Ben Fayot pense qu’il devrait aussi être capable de s’adapter aux nouvelles conditions de la gouvernance européenne au quotidien, de sorte que les projets législatifs européens puissent être suivis de A à Z. Chaque député doit selon lui avoir une dimension internationale et européenne. La Chambre travaillera plus souvent sur les sujets européens, car le pays est profondément impliqué.

Quant à l’élargissement, Ben Fayot est d’avis qu’il faut veiller aux conditions d’entrée dans l’UE. La clarté sur ces conditions n’a pas été évidente dans le cas de Chypre. Mais elle doit maintenant l’être pour les pays des Balkans, chez lesquels "on a l’impression qu’ils veulent entrer dans l’UE et que cette UE règlera ensuite leurs problèmes à leur place". Ben Fayot n’est pas d’accord. Il faudrait que ces pays aient réglés leurs problèmes d’abord, car l’UE n’est pas capable de régler tous leurs problèmes. "Il ne faut pas hypothéquer le futur de l’UE, et il faut donc être prudent sur les conditions de l’élargissement", a-t-il conclu.

Pour expliquer la désaffection d’un nombre croissant de citoyens dans tous les Etats membres à l’égard du projet européen, alors qu’au même moment, leur soutien est pour la politique de plus en plus indispensable, Ben Fayot a mentionné deux grandes raisons. La première raison est que l’on promet parfois trop au nom de l’UE. Or, l’UE ne peut arriver à faire que ce les Etats membres lui permettent de faire. La deuxième raison est que le grand marché intérieur s’est bien développé, et rapidement, mais les salariés n’en ont pas toujours autant profité. Il importe donc de veiller à l’équilibre social et écologique au sein de l’UE, ce que la clause sociale peut faire. Le marché en tant que tel n’a pas vocation à veiller à ces équilibres. Il importe ici que la nouvelle Commission européenne pose de nouveaux accents.

Félix Braz a exigé que le Luxembourg s’engage pour que l’accord avec les USA sur SWIFT soit soumis au Parlement européen et il a critiqué le cumul des mandats qui empêche les députés d’assurer un véritable suivi du volet européen du travail législatif

Félix Braz (déi gréng) a souligné la continuité de la politique étrangère luxembourgeoise que la déclaration de Jean Felix BrazAsselborn avait exprimé par son contenu et par sa forme. Le député vert s’est dit satisfait du fait que le traité de Lisbonne puisse enfin entrer en vigueur et il a exprimé son accord avec le papier du Benelux, surtout à cause de l’accent qu’il met sur la méthode communautaire.

C’est précisément parce que celle-ci est négligée que les Verts ont voté au Parlement européen contre la nomination de José Manuel Barroso comme Président de la Commission, et, Félix Braz a lancé, surtout à l’adresse des socialistes, qu’ils auraient dû être imités en cela par les députés européens qui penchent en faveur de la méthode communautaire.

Maintenant, l’entrée en vigueur du traité de Lisbonne doit être suivie de contenus et d’initiatives politiques pour démentir les eurosceptiques. Le domaine politique "liberté, justice et sécurité" devient pour Félix Braz enfin un domaine de la codécision entre Conseil et Parlement européen, "alors que ces domaines se sont développés ce dernier temps aux dépens des droits des citoyens". Son exemple : les tentatives d’avaliser l’accord sur SWIFT, avec l’échange de données personnelles et bancaires, avant l’entrée en vigueur du traité de Lisbonne, et donc sans passer devant le PE. Ici, Félix Braz a très clairement exigé du gouvernement que celui-ci demande à ce que l’accord sur SWIFT se fasse sous le régime de la codécision, avec des garanties supplémentaires pour les droits des citoyens européens, notamment devant les juridictions américaines.

Comme Ben Fayot, Félix Braz a trouvé "regrettables" les dérogations accordées à certains pays auxquels la Charte des droits fondamentaux ne s’appliquera pas.

De même, Félix Braz pense que la codécision ne conduit pas forcément à des résultats positifs. Il a fortement critiqué la résolution du Parlement européen au sujet du programme de Stockholm et il a souligné le rôle correcteur que les parlements nationaux auront à jouer. Ils devraient notamment dire au Parlement européen ce qu’ils veulent. Mais auront-ils assez de temps ? Le problème des députés luxembourgeois  est qu’ils détiennent fréquemment un double mandat parlementaire et communal. S’il est possible d’être député et de gérer sa commune, il n’est plus possible selon Félix Braz de trouver assez de temps pour être député national, gérer sa commune et s’impliquer comme député national dans les affaires européennes. Pour lui, ce sont surtout les socialistes qui bloquent une réforme qui pourrait changer cela.

Félix Braz a regretté que la Turquie n’ait pas eu sa place dans la déclaration de Jean Asselborn. D’autant plus que la Turquie envoie selon lui en ce moment des "messages contradictoires". D’un côté, l’on y prévoit de mettre fin à toute forme de restrictions sur l’usage des langues, et notamment du kurde, mais de l’autre côté, il y a des arrestations de syndicalistes. D’où son appel à ce que le Luxembourg intervienne pour signifier aux autorités turques qu’il n’est pas acceptable que des personnes qui défendent des droits élémentaires aillent en prison.

Autre critique de Félix Braz, l’idée que, dans le cadre de la conférence de Copenhague sur le changement climatique, une partie des dépenses en matière de coopération qui dépassent les 0,7 % du PIB et qui vont à des projets liés à la lutte contre le changement climatique soient comptabilisées dans les mécanismes qui devraient résulter de la conférence.

En guise de conclusion, Félix Braz a plaidé pour le renforcement des capacités civiles luxembourgeoises dans les missions européennes, ces capacités étant dans le futur de plus en plus souvent requises, et il a critiqué, partant de certains rapports, le manque d’entraînement des forces militaires luxembourgeoises engagées dans ces mêmes missions.

Finalement, il s’est montré  peu convaincu des explications données par Jean Asselborn au sujet du vote luxembourgeois sur le rapport Goldstone. Selon Félix Braz, le Luxembourg aurait mieux fait de ne pas s’abstenir, mais plutôt d’endosser le rapport, même s’il contient des erreurs factuelles. Pour lui, cela ne change rien au contenu, car ce qui importe, ce sont les conclusions, comme celle d’exhorter les parties israélienne et palestinienne à rechercher avec les moyens de leur propre droit interne quelles normes n’auraient pas été respectées.

Fernand Kartheiser : "Nous n’avons pas de politique étrangère !"

Fernand KartheiserFernand Kartheiser (ADR) a souligné que 2009 avait été une année très difficile pour le Luxembourg. "Les grands nous ont montré à quel point ils jugent notre pays petit et insignifiant", a-t-il déclaré en ajoutant que "même notre gouvernement a renoncé au rôle particulier que le Luxembourg jouait jusqu’à présent en Europe". Pour lui, la Commission, qui a jusqu’ici défendu les intérêts européens, a abandonné le Luxembourg dans la question de l’impôt à la source et de l’échange de l’information et il pense que "nous sommes obligés de nous débrouiller tous seuls".

Le député a expliqué que la méthode communautaire part du principe que les Etats membres jouent un rôle honnête et loyal, et qu’elle devient "dangereuse si la Commission est seulement le secrétariat exécutif des grands". Pour Fernand Kartheiser, la représentation du Luxembourg au niveau international par le gouvernement actuel et précédent se caractérise par sa faiblesse et ses fausses estimations des priorités en matière de politique étrangère. Il pense que ces évaluations ont eu des "conséquences dramatiques dans le domaine fiscal et de l’OCDE" en automne 2008. Selon le député, dans la discussion sur les paradis fiscaux, le gouvernement a par ailleurs raté l’occasion de conclure des alliances avec d’autres places financières, ce qui, selon lui, aurait dû se passer immédiatement après la conférence informelle de l’OCDE en octobre 2008 à Paris. Pour lui, la politique de la chaise vide pratiquée à ce moment par le gouvernement luxembourgeois était une "faute grave".

D’après Fernand Kartheiser, le ministre des Affaires étrangères a raté l’occasion de convoquer les ambassadeurs de nos pays voisins lorsque les intérêts économiques du Luxembourg étaient en jeu. Il a exprimé ses regrets par rapport à l’image "misérablement faible" que nous nous sommes donnée à Paris et à Berlin. Il pense que la place financière a souffert de la passivité du gouvernement et de son incapacité d’agir d’une façon dynamique et proactive. Il a aussi critiqué la façon dont le Luxembourg, depuis le G20 d’avril 2009 de Londres, conclut de nouveaux accords de double imposition "sur ordre des grands".

Estimant que "nous n’avons pas de politique extérieure", le député de l’ADR a critiqué le fait que la déclaration de Jean Asselborn abordait "presque seulement l’Europe". Or, il pense que les intérêts européens ne se recoupent pas toujours avec les intérêts luxembourgeois et que le Grand-Duché a besoin d’un ministre des Affaires étrangères qui reconnaît et défend les besoins du pays et qui ne présente pas seulement un copier - coller de textes des Conseils européens.

Souhaitant bonne chance à Jean-Claude Juncker pour les prochains jours, Fernand Kartheiser a abordé le rôle du Luxembourg dans l’Union européenne. Il regrette que, faute de "politique intelligente portée par des hommes politiques et des fonctionnaires motivés", le Grand-Duché soit devenu une "quantité négligeable" dans l’UE des 27 qui n’a presque plus de poids politique. Le député a d’ailleurs tenu à remercier les Irlandais qui ont obtenu que tous les Etats membres puissent garder leur commissaire, tout en soulignant que le devoir de chaque gouvernement de défendre les intérêts de son pays, vaut aussi dans une Europe intégrée.

En guise de conclusion, Fernand Kartheiser a demandé au gouvernement de prendre position par rapport à l’adhésion de la Turquie à l’UE, à laquelle son parti s’oppose, tout en soulignant l’importance des relations bilatérales dans ce monde multilatéral. Il a salué l’amélioration des relations germano-luxembourgeoises, plaidé pour plus de cohérence de la politique extérieure du Grand-Duché, proposé une réforme du ministère des Affaires étrangères, insisté sur la nécessité de revaloriser la langue luxembourgeoise en Europe, et il a adressé un message aux autorités européennes afin qu’ils respectent "toujours et pleinement les droits de chaque nation" et qu’ils prennent en compte leurs intérêts de façon égale, de sorte à ce qu’ils soient "dignes des valeurs que l’Europe désire représenter".

Pour André Hoffmann, la façon dont on "a forcé le passage" du traité de Lisbonne n’est pas compatible avec les principes de la démocratie

André Hoffmann (déi Lenk) a souligné dans son intervention que la politique extérieure du Luxembourg doit André Hoffmanns’engager sérieusement et de façon continue contre les inégalités et les injustices de ce monde. Il s’est montré tout à fait opposé à l’idée d’utiliser l’argent destiné à la lutte contre le changement climatique pour financer des projets d’aide au développement.

Dans un contexte où politique intérieure et extérieure se recoupent de plus en plus, et de nombreuses décisions dans le domaine social sont prises au niveau supranational, le député s’est interrogé sur la démocratie. Qui prend quelles décisions au plan international qui concernent le Luxembourg ? Et qui confère quel mandat à qui ? Pour lui, la politique doit être plus cohérente et plus transparente, et certains tabous doivent être remis en question.

Le député n’est par ailleurs pas d’accord avec la façon dont on "a forcé le passage" du traité de Lisbonne. Il pense que cette méthode n’était pas compatible avec les principes de la démocratie et qu’il ne voit pas "grand chose de l’Europe sociale". En guise de conclusion, il a revendiqué qu’un règlement contraignant en matière sociale soit mis sur pied en Europe et que les systèmes fiscaux soient harmonisés pour empêcher le dumping social et la dégradation des droits sociaux.

Lydie Err veut davantage de cohérence dans la politique étrangère européenne

Lydie ErrPour Lydie Err (LSAP), le traité de Lisbonne est un progrès même si elle pense que ce n’est pas l’idéal. Pour elle, l’élargissement de l’UE, "historiquement imposé", a conféré plus de stabilité au continent  européen, amélioré les relations avec les pays voisins, mené à plus de prospérité, de démocratie, de respect des droits de l’Homme et de bonne gouvernance. Concernant les négociations d’adhésion avec le Turquie, elle juge que, même au cas où le résultat ne serait pas positif, cela aura été quand-même une bonne expérience tant pour l’UE que pour la Turquie parce que le pays a fait de grands progrès dans divers domaines.

Lydie Err pense que l’UE se caractérise surtout par la solidarité, le consensus, la médiation, la diplomatie, la patience et la capacité d’écouter. Elle pense que l’UE, contrairement à d’autres pays, n’est pas vue comme une menace. Sa responsabilité dans la lutte contre le changement climatique et l’aide au développement lui confèrent en outre un rôle de leader dans ces domaines. Après avoir exprimé le souhait de voir plus de cohérence dans la politique étrangère européenne, Lydie Err a regretté en guise de conclusion que le Conseil de l’Europe et l’UE ne collaborent pas davantage dans le domaine du respect des droits de l’Homme en Europe.

La réponse de Jean Asselborn

Jean AsselbornDans sa réponse, Jean Asselborn a expliqué à Ben Fayot que "tout n’est pas aussi transparent que dans le gouvernement luxembourgeois et dans la Chambre des députés", en soulignant que le rapport sur la politique européenne peut être consulté sur Europaforum.lu.

Le ministre s’est d’ailleurs montré peu satisfait du fait que la République tchèque, comme le Royaume-Uni et la Pologne, aient obtenu des dérogations à la Charte des droits fondamentaux.

En ce qui concerne le vote sur le rapport Goldstone, le ministre a rappelé pourquoi le Luxembourg s’était abstenu. Il a notamment souligné que cette abstention ne signifie pas que le Luxembourg soit contre le rapport. Bien au contraire, le ministre souhaite que le rapport ait une suite et que ce qui s’est passé au Gaza ne se répète plus jamais.

Abordant la position du Luxembourg en matière de lutte contre le changement climatique et d’aide au développement, Jean Asselborn a souligné que la politique menée dans un des deux domaines ne doit pas se faire aux dépens de l’autre. Conformément aux critères de l’OCDE sur l’aide au développement, les pays qui investissent plus de 0,7 % de leur RMB, peuvent utiliser leur "surplus" pour financer des mesures d’adaptation contre le changement climatique dans les pays en voie de développement. Selon le ministre, cela ne signifie cependant pas que chaque euro qui dépasse les 0,7 % sera utilisé pour de tels projets.