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Economie, finances et monnaie - Traités et Affaires institutionnelles
Dans le contexte d’un nouveau report des discussions sur la Grèce à l’Eurogroupe, Pierre Gramegna a insisté sur l'urgence de la recherche d’une solution au micro de la radio RTL
25-06-2015


rtlLa nouvelle réunion informelle de l’Eurogroupe consacrée à la Grèce, le soir du 24 juin 2015, s’est achevée en moins d’une heure sans que les ministres des Finances de la zone euro ne soient parvenus à marquer un accord sur les propositions de réformes de la Grèce dans le cadre de son plan de sauvetage financier. "Nous ne sommes pas encore parvenus à un accord, mais nous sommes déterminés à continuer à travailler pour faire ce qui est nécessaire. Nous ajournons la réunion et nous nous retrouverons demain à 13h", a ainsi indiqué le président de l'Eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem, à sa sortie de la rencontre.

Alors que ce nouvel échec des discussions rapproche un peu plus la Grèce du défaut de paiement dans un contexte où les discussions doivent reprendre le 25 juin à l’occasion d’un nouvel Eurogroupe extraordinaire, jour où débute parallèlement un Conseil européen, le ministre luxembourgeois des Finances, Pierre Gramegna, est revenu sur la situation grecque dans un entretien accordé au micro de la radio RTL le 25 juin 2015.

"Il est urgent de trouver des solutions"

Le ministre estime notamment être arrivé "à la dernière étape de la négociation", alors que le programme d’aide accordé à la Grèce se conclut le 30 juin 2015 et que le pays connaît une fuite de liquidités. Pour Pierre Gramegna, il est donc "temps de trouver des solutions", même s’il convient du fait qu’"à la fin d’une négociation, les positions se durcissent naturellement et c’est ce que l’on constate actuellement".

Pour le ministre, il serait dans l’intérêt des Grecs et de la zone euro "de trouver un accord maintenant", puisque de nouvelles étapes seront nécessaires, à savoir que les mesures contenues dans un potentiel accord devront encore être validées au sein des institutions et dans différents parlements nationaux, notamment le parlement grec. "Nous avons besoin d’un certain temps pour fixer l’accord et c’est pour cela qu’il ne reste plus beaucoup de temps", a-t-il dit.

La balle serait en tous les cas dans le camp grec, dit le ministre. "Les 18 autres ministres de la zone euro ont clairement dit à la Grèce que pour conclure le plan d’aide et verser la tranche restante de 7,2 milliards d’euros, elle devait prendre elle-même des mesures à court terme. Il ne suffit pas d’annoncer des mesures mais celles-ci doivent être validées par le parlement grec afin de donner la certitude qu’elles seront réellement prises".

L’assainissement des finances publiques "est dans l’intérêt de la Grèce" et demande des mesures structurelles "pour rendre son économie plus compétitive"

Pierre Gramegna souligne d’ailleurs que ces mesures "sont aussi dans l’intérêt de la Grèce". "J’entends souvent que les créanciers seraient trop sévères avec ce pays, mais il en va de l’assainissement des finances publiques car nous ne voulons pas continuer sans cesse avec de nouveaux plans d’aide et l’octroi de crédits supplémentaires. Au contraire, nous voudrions que les aides soient utilisées à bon escient, pour assainir les finances publiques, c’est-à-dire réduire certaines dépenses et augmenter les recettes, pour que la Grèce puisse à nouveau être en bonne santé par elle-même", explique-t-il.

02.12.cdg-gramegnaPour ce qui est des propositions discutées entre les créanciers et la partie grecque, relatives notamment à la hausse de la TVA, l’augmentation de l’impôt sur les entreprises ou sur les hauts revenus, Pierre Gramegna considère qu’il "ne s’agit pas de mesures populaires" et qu’il est donc "nécessaire que l’économie grecque retrouve la forme". "Nous ne cessons de répéter à nos partenaires grecs qu’il ne s’agit pas seulement d’augmenter les taxes, mais qu’il faut trouver un bon équilibre avec des mesures de réduction des dépenses, d’une part, et avec des mesures en vue de rendre l’économie grecque plus compétitive, pour qu’elle soit capable d’exporter, car ce n’est qu’à ce moment que la Grèce pourra tenir debout seule".

Quant à la validation d’un potentiel accord entre la Grèce et ses créanciers par le parlement grec dominé par le parti de la gauche radicale Syriza, le ministre luxembourgeois convient qu’il s’agit "d’une difficulté dans une négociation très complexe où beaucoup de choses sont en jeu aussi politiquement". Mais, dit-il, "vu la fuite des liquidités, chacun est appelé à ses responsabilités". "Les pays européens qui ont aidé la Grèce ont des responsabilités, mais le nouveau gouvernement grec doit également réussir à faire passer ce paquet devant son parlement, c’est-à-dire qu’il doit faire les compromis nécessaires pour que le paquet soit crédible pour la zone euro, d’une part, et d’autre part convaincre l’opinion publique et le parlement que ce paquet est dans l’intérêt de l’économie grecque, mais également du peuple grec", indique Pierre Gramegna.

Le ministre évoque encore une "situation actuelle dramatique" face aux échéances de remboursement, parlant même "d’extrême urgence". "Jusqu’à présent chacun a pris ses responsabilités, la Banque centrale européenne a tout fait les dernières semaines pour que  le gouvernement grec puisse continuer à fonctionner et chacun des acteurs sont autour de la table. Mais chacun sait qu’il est désormais temps" de conclure un accord, poursuit-il.

"Jusqu’à présent le maximum a été fait pour  éviter une situation dans laquelle la Grèce aurait dû sortir de la zone euro, nous sommes convaincus que c’est la meilleure solution tant pour la Grèce que pour l’Europe, mais plusieurs conditions doivent être respectées", avance encore le ministre luxembourgeois, qui conclut : "les efforts nécessaires doivent être faits et c’est ce qui est attendu des Grecs".

Le contexte

Pour rappel, les négociations portant sur l’aide financière accordée à cet Etat membre ainsi que les réformes qu’il s’est engagé à mettre en œuvre en contrepartie n’ont pas abouti depuis l’accord provisoire trouvé en février 2015 pour prolonger de quatre mois le programme d’aide à la Grèce, soit jusqu’au 30 juin 2015. Il s’agissait ainsi de laisser au nouveau gouvernement grec le temps de s’entendre avec les institutions créancières sur une liste de réformes précises.

L’enjeu est vital pour la Grèce, un accord devant ouvrir la voie au versement de la dernière tranche de 7,2 milliards d'euros bouclant l’aide financière de quelque 240 milliards octroyée au pays depuis 2010. Cela dans un contexte où les autorités grecques ont à plusieurs reprises indiqué que les caisses de l’Etat étaient vides alors que le pays fait face à des échéances importantes : il devra rembourser 1,5 milliard d’euros au Fonds monétaire international (FMI) le 30 juin, ainsi que 3,5 milliards d’euros à la Banque centrale européenne (BCE) le 20 juillet. En cas de non-remboursement le 30 juin, la Grèce se retrouverait en défaut de paiement, comme l’a répété la directrice générale du FMI, Christine Lagarde, à Luxembourg le 18 juin 2015.

Or, la perspective d’un tel défaut ranime les craintes d’une sortie de la Grèce de la zone euro ("Grexit", pour "Greece exit" en anglais) aux conséquences imprévisibles tant pour la zone que l’UE, dont le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a récemment jugé qu’elle poserait certainement davantage de soucis et de contraintes. Le 22 juin les ministres des Finances de la zone euro s’étaient déjà retrouvés lors d’un Eurogroupe extraordinaire, qui avait précédé un sommet informel des chefs d’Etat et de gouvernement de la zone, suite à l’échec du dernier Eurogroupe consacré au sujet, le 18 juin. A ces deux occasions, les ministres, puis les dirigeants, avaient examiné les dernières propositions de réformes émanant de la partie grecque, qui avaient été jugées comme "une bonne base de départ", sous réserve de davantage de vérifications techniques. Ils avaient alors fixé un nouveau rendez-vous le 24 juin 2015.